Mao Zedong et la France

Article du Quotidien du Peuple, © Beijing, 2001.

 

A l'occasion du 112è anniversaire de la naissance de Mao Zedong, fondateur de la Chine nouvelle, nous avons le plaisir de vous présenter un mémoire ayant pour thème : « Le jeune Mao et la France ».

Mao Zedong naquit le 26 décembre 1893 à Shaoshan. Dès sa jeunesse, il s'était montré extrêmement intéressé par le mouvement de la Nouvelle culture qui s'est développé de façon fulgurante en Chine pendant la période allant de la fin du 19ème siècle au début du 20è siècle. Apprendre le meilleur auprès de l'Occident méritait son attention.

A cette époque, des Chinois qui oeuvraient pour les progrès du pays lisaient toutes sortes de livres qui propageaient les idées neuves de l'Occident. C'était tout à fait extraordinaire qu'on ait envoyé de si nombreux étudiants chinois au Japon, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne. Dans le pays, le système des examens impériaux venait juste d'être aboli et des écoles d'un type nouveau apparurent tels des champignons après la pluie du printemps. Alors on déployait d'immenses efforts pour se mettre à l'école occidentale.

Cette observation éloquente que Mao Zedong avait faite le concernait également, surtout à l'époque de sa jeunesse. Nous citons ici un passage de son auto-biographie à l'école Dongshan en 1911 :

« J'ai fait de grands progrès dans cette école. Les maîtres me choyaient. Je pouvais apprendre les sciences naturelles et les connaissances nouvelles, en particulier celle de l'Occident. D'autre part, je lisais beaucoup d'écrits sur les anciens souvenirs chinois et j'étudiais également l'histoire et la géographie des autres pays. Dans un livre intitulé « Les hommes célèbres », j'ai lu avec intérêt les biographies de Napoléon, Catherine II, Pierre le Grand, Wellington, Gladstone, Washington, Lincoln, ainsi que Rousseau, Montesquieu, et bien d'autres... »

C'est le premier signe qui montre que le jeune Mao avait un intérêt particulier à l'égard de la civilisation occidentale notamment la France.

Au printemps 1911, Mao Zedong se rendit à Changsha, chef-lieu de la province du Hunan en vue de poursuivre ses études secondaires et supérieures. Il s'engagea dans les activités révolutionnaires pour renverser la dernière dynastie des Qing. Il continuait à lire de nombreuses oeuvres de la pensée occidentale et les connaissances nouvelles. Dans cette bibliothèque beaucoup de livres, y compris de géographie et d'histoire du monde. « C'est la première fois que j'étudiais avec un grand intérêt la Carte universelle. J'ai lu les ouvrages de Adam Smith « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations », de Darwin « De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle » et de John Stuart Nill « Logique inductive et déductive ». J'ai lu aussi les écrits de Herbert Spencer « Philosophie évolutionniste », de Rousseau « Du Contrat social », de Montesquieu « L'Esprit des lois ».... De façon consciencieuse, j'ai étudié l'histoire et la géographie de la Russie, des Etats-Unis, de l'Angleterre, de la France et des autres pays. Dans le même temps j'ai lu pas mal de poèmes, de romans et de contes de la Grèce antique ».

A 20 ans, Mao Zedong réussit le concours d'entrée à l'Ecole normale du Hunan où il créa l'Association autonome des Etudiants puis l'Association des nouveaux Citoyens qui devait devenir un groupement révolutionnaire et s'illustra sur la scène politique. De concert avec d'autres leaders de l'Association, Mao Zedong dirigeait le mouvement dit « mi-étude mi-travail » pour envoyer des étudiants en France. Dans son souvenir, il en fit le résumé en ces termes : « Ma mère est décédée lors de ma dernière année à l'Ecole normale. En été, j'ai décidé d'aller à Beijing. A l'époque, beaucoup d'étudiants souhaitaient partir en France pour faire des études sur le mode mi-étude mi-travail. C'est par ce biais que la France recruta, pendant la première Guerre mondiale, des jeunes chinois comme main d'oeuvre. Ces étudiants désiraient apprendre le français d'abord à Beijing afin de préparer leur départ. Ainsi, j'ai moi-même contribué à l'organisation de ce mouvement. Parmi ceux qui sont partis en France les uns après les autres, nombreux étaient de l'Ecole normale du Hunan, la plupart d'entre eux seraient devenus de célèbres partisans révolutionnaires. Même mon professeur Xu Teli poussé par ce mouvement se rendit aussi en France après avoir renoncé à son poste à l'école. Il avait alors plus de 40 ans.... »

Le mouvement mi-travail mi-étude en France faisait partie de la nouvelle Culture qui se développait impétueusement en Chine au début du 20è siècle. Dans le but de donner une formation culturelle aux ouvriers chinois en France, MM Cai Yuanpei et Wu Yuzhang, deux intellectuels éminents fondèrent en juin 1916 lors de leur séjour à Paris la Fédération sino-française pour l'enseignement (FSFPE). Et l'année suivante, ils créèrent à Beijing une fédération similaire et l'Association mi-travail mi-étude en France. Dès lors, trois écoles préparatoires furent mises sur pied respectivement à Beijing, à Baoding et à Lixian. Bientôt, cette campagne gagna les autres villes chinoises. On voyait surgir diverses sortes d'écoles ou de classes préparatoires à Shanghai, Changsha, Chengdu, Canton, Jinan, Tianjin, Wuhan etc. Rien que pendant les années 1919-20, les deux organisations intéressées envoyèrent quelques 1 600 étudiants chinois en France. 346 d'entre eux étaient originaires du Hunan, province-pilote dans ce domaine, grâce aux efforts de Mao Zedong.

C'était en 1918 diplômé de l'Ecole normale et logeant à l'Université du Hunan, qu'il reçut de Beijing une documentation relative aux études en France. Très ému, il annonça la nouvelle à ses camarades Cai Hesen et Zhang Kundi, deux autres responsables de l'Association des nouveaux Citoyens. Ils décidèrent de lancer à Changsha une campagne en faveur de cet appel. Mobilisation réussie, 23 volontaires inscrits. En septembre de la même année, Mao Zedong mit le pied dans la ville de Beijing en compagnie d'une vingtaine de jeunes compatriotes; déjà une cinquantaine d'autres de sa province y étaient réunis. Ils leur demandèrent de mieux faire les préparatifs et trois mesures furent prises. Primo, encourager leurs compatriotes à apprendre la langue française d'abord dans les classes préparatoires réparties à Beijing, à Baoding et dans le district de Lixian. Secundo, collecter des fonds pour les frais du voyage vers la France auprès des départements et services intéressés. Tertio, charger la FSFPE de régler les problèmes de passeports et de visa. A la suite des démarches entreprises et des préparatifs menés d'arrache-pied durant plusieurs mois, les conditions indispensables à leur départ pour la France furent réunies.

Au printemps 1919, une partie des étudiants hunanais obtinrent leur visa pour la France. Mao Zedong les accompagna à Shanghai. Le Bureau de la ville relevant de la FSFPE et le Consulat français à Shanghai arrangèrent les dernières formalités de départ des étudiants chinois. Ainsi le premier groupe d'étudiants originaires du Hunan mais aussi d'autres provinces s'embarquèrent au bord du Huangpo sur un navire français à destination de Marseille. Parmi eux figuraient d'une part Cai Hesen et sa mère Ge Jianhao, sa soeur Cai Chang, et sa future épouse Xiang Jingyu, de l'autre Zhang Kundi, Li Fuchun, Li Weihan, Xu Teli et Xiao San.

Alors pourquoi Mao Zedong ne fut-il pas du groupe pour la France ? En voici son explication :

« De même que l'Association des nouveaux Citoyens, j'ai soutenu le mouvement mi-étude mi-travail en France. Mais je n'ai jamais eu l'intention d'aller en Europe. Je pense que j'avais beaucoup à apprendre sur mon pays. Il me paraissait plus utile de consacrer tout mon temps à la Chine. Je n'ai pas agi comme les étudiants décidés à apprendre la langue française auprès de Li Shizen (alors recteur de l'Université franco-chinoise) pour se rendre en France. Pour ma part, j'ai mon plan d'action ».

Oui, après avoir salué le départ de ses compatriotes pour la France, le jeune Mao s'en retourna à Changsha. Désormais, il put se donner corps et âme aux activités révolutionnaires. A l'instar de Chen Duxiu et de Li Dazhao, porte-drapeaux de la Nouvelle Culture et des idées marxistes, il y créa un journal «Critique Xiangjiang », une Association culturelle et une Ecole du soir à l'intention des ouvriers et des jeunes pour réveiller la conscience populaire. Suivant l'exemple du groupe communiste de Beijing, il fonda celui du Hunan. Fin juin 1921, il se rendit à Shanghai pour participer au premier Congrès du Parti communiste chinois (PCC) dont il devint l'un des fondateurs.

Ce qui doit être noté, c'est que Mao Zedong suivait de près ce que faisaient les étudiants chinois en France. De temps en temps, il recevait des nouvelles de Cai Hesen et des autres qui lui racontaient leur vie, leurs études et leur travail en France, en particulier la création d'une cellule du PCC sous la direction du camarade Zhou Enlai.

En un mot, le mouvement mi-étude mi-travail en France a joué un rôle important dans la formation de nombreux dirigeants de la Chine Nouvelle dont :

  • Zhou Enlai, premier ministre du Conseil des Affaires d'Etat (de 1949 à 1976),
  • Deng Xiaoping, président de la Commission militaire centrale et artisant de la réforme et l'ouverture sur l'extérieur,
  • Chen Yi, maréchal, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères,
  • Li Fuchun, vice-Premier ministre,
  • Nié Rongzen, maréchal, vice-Premier ministre,
  • Li Lisan qui assumait la direction du PCC pendant une certaine période,
  • Li Weihan, un haut dirigeant du PCC,
  • Cai Chang, présidente de la Fédération nationale des femmes chinoises, épouse de Li Fuchun.

Qui plus est, le mouvement mi-étude mi-travail a contribué au resserrement des liens d'amitié et de coopération entre la Chine et la France.

Et rappelons encore que nos deux grands pays ont établi en 1964 les relations diplomatiques grâce aux efforts du général de Gaulle et du président Mao Zedong de sorte que l'amitié et la coopération se perpétuent de génération en génération.