RAPPORT SUR L'UTILITE DES GUERRES

 

LES ARMES NUCLEAIRES NE CHOISISSENT PAS

L'importance de la guerre doit être considérée comme principale force d'organisation, à l'intérieur de la plupart des sociétés n'a pas été estimée à sa valeur.

Cela est également vrai pour les effets extrêmement étendus qu'elle exerce à travers de nombreuses activités non militaires de la société. Ces effets sont moins apparents dans les sociétés industrielles complexes comme les nôtres que dans les cultures primitives, dont les activités peuvent être plus facilement et plus entièrement comprises.

Nous nous proposons d'examiner, dans cette partie de notre Rapport, ces fonctions de la guerre, fonction non militaires, implicites et généralement inapparentes, dans la mesure où elles agissent sur le problème que pose à notre société la transition vers la paix. Les fonctions militaires, ou apparentes de la guerre ne requièrent pas un examen particulièrement minutieux : elles consistent seulement à défendre ou à faire progresser les « intérêts nationaux » par le moyen de la violence organisée. Il est souvent nécessaire, pour une institution militaire nationale, de créer un besoin pour l'exercice de sa puissance exorbitante afin, en d'autres termes, de maintenir son immunité. Et un appareil militaire sain a besoin d'un « exercice » régulier, par le moyen de quelque motivation jugée opportune, pour éviter l'atrophie.

Les fonctions non militaires de la guerre sont plus fondamentales. Elles n'existent pas seulement en vue de se justifier elles même, mais pour concourir à des buts sociaux de plus large importance ; Dans le cas où la guerre viendrait a être supprimée, où quand elle le sera, les fonctions militaires qu'elle a remplies prendront fin avec elle. Mais non pas ses fonctions non militaires. Il est essentiel, par conséquent que nous en comprenions la nature avant de pouvoir raisonnablement espérer découvrir quelles autres institutions pourront être proposées en vue de les remplacer.

POLITIQUE

Les fonctions politiques de la guerre ont été jusqu'à présent encore plus important dans le domaine de la stabilité sociale. Néanmoins il n'est rien d'étonnant à ce que les discutions sur la reconversion économique exigée par la paix tendent à passer sous silence la question de la reconversion politique et que les scénarios de désarmement, qui vont souvent très loin dans leur examen des facteurs politiques internationaux, tendent à mépriser les fonctions politiques de la guerre à l'intérieur des sociétés elles même. Ces fonctions concernent essentiellement les problèmes d'organisation. Tout d'abord, l'existence d'une société en tant que « nation » politique requiert, pour une part, une attitude et un mode de relation avec les autres « nations ».C'est ce que nous appelons généralement la politique étrangère. Mais la politique étrangère d'une nation ne peut avoir aucune réalité si elle manque des moyens nécessaires pour s'imposer aux autres nations. Elle ne peut le faire de façon vraisemblable que si elle menace d'utiliser, pour y parvenir, une organisation politique maximum.

Autrement dit, si elle est, d'une certaine manière, organisée en vue de la guerre. La guerre, dans ces conditions, si l'on accepte la définition que nous en avons donnée et qui comprend toutes les activités nationales admettant la possibilité d'un conflit armé, est elle-même l'élément qui défini l'existence d'une nation par rapport à une autre.

Etant donné qu'il est prouvé par l'histoire que l'existence de n'importe quelle forme d'armement rend certaine son utilisation, nous avons utilisé le mot « paix » comme synonyme virtuel de désarmement. Dans ces conditions, « guerre » est un synonyme virtuel de « nation » dans le sens de l'existence même de cette entité.

L'élimination de la guerre implique l'élimination inévitable de la souveraineté nationale et de l'Etat dans sa conception traditionnelle. La guerre, en tant que système social, a non seulement constitué un élément essentiel de l'existence des nations en tant qu'entités politiques indépendantes, mais elle a également été indispensable à la stabilité intérieure de leurs structures politiques. Sans elle, aucun gouvernement n'a jamais été capable de faire reconnaître sa « légitimité » ou son droit à diriger la société. La possibilité d'une guerre crée le sentiment de contrainte extérieure sans lequel aucun gouvernement ne peut conserver longtemps le pouvoir. L'histoire montre de nombreux exemples de situations où l'impossibilité, pour un régime, de maintenir la vraisemblance d'une menace de guerre à conduit a sa désagrégation, par l'action de forces représentant des intérêts privés, par des réactions contre l'injustice sociale ou par l'effet d'autres facteurs de décomposition.

L'organisation d'une société en vue de la possibilité de la guerre est la source principale de sa stabilité. Il y une certaine ironie à constater que cette fonction de première importance que remplit la guerre, n'a été reconnu par les historiens que pour les sociétés qui le reconnaissaient elles même expressément : c'est-à-dire pour les sociétés pirates des grands conquérants.

L'autorité fondamentale d'un Etat moderne sur son peuple réside dans sa puissance militaire (il ya, en fait, de bonnes raisons pour penser que lois codifiées ont pour origine les règles de conduite établie par les vainqueurs dans leurs rapports avec l'ennemi vaincu, règles qui furent par la suite adaptées pour s'appliquer à toutes population assujettie).

Dans la vie quotidienne, cette situation est représentée par l'institution de la police, organisme armé chargé expressément de lutter contre « les ennemis de l'intérieur » avec des procédés militaires. De même que les forces militaires conventionnelles chargées de lutter « à l'extérieur », la police est également dispensée d'observer de nombreuses contraintes légales civiles dans son comportement social. Dans certains pays, la distinction artificielle entre la police et les autres corps militaires n'existe pas. En termes généraux, le pouvoir qu'un gouvernement possède de recourir aux actions militaires, pouvoir inhérent à la structure de l'Etat le plus libéral définit l'aspect le plus significatif des relations entre l'Etat et les citoyens.

En général, le système social fondé sur la guerre fournit les motivations de base pour une organisation sociale fondamentale. Ce faisant, il reflète sur le plan social les motifs du comportement humain individuel. Le plus important de ces motifs, en ce qui concerne les attitudes sociales, est le sentiment d'allégeance psychologique à la société et à ses valeurs. Qui dit allégeance dit en même temps cause à défendre ; et qui dit cause à défendre dit ennemi. Ceci est particulièrement évident ; le point important est que l'ennemi que défini la cause doit paraitre authentiquement effrayant. En termes sommaires, la puissance présumé de l »ennemi »suffisante pour assurer un sentiment d'allégeance à une société, doit être d'une dimension et d'une complexité proportionnelle aux dimensions et à la complexité de la société.

Aujourd'hui, bien entendu, cette puissance doit être d'une force effrayante et sans précédent.

ECOLOGIE

L'homme comme tous les autres animaux est soumis à un continuel processus d'adaptation aux limites de son milieu. Mais le mécanisme principal qu'il a utilisé pour atteindre son but est unique parmi les êtres vivants. Pour prévenir les effets des cycles historiques inévitables marquant le retour des disettes, l'homme post-néolithique détruit les membres de sa propre espèce qui se trouve en excédent par l'usage de la guerre. Les ethnologues-qui se consacrent à l'étude de la science des m.urs- ont souvent constaté que le meurtre organisé des membres de leur propre espèce est pour ainsi dire ignoré chez les autres animaux. La propension particulière de l'homme à tuer son prochain (partagé dans une certaine limite par le rat) peut être attribuée à son incapacité à adapter des moyens de survie anachroniques (comme la chasse primitive) aux « civilisations » qu'il crée et où ces formes ne peuvent être efficacement sublimées. Cela peut être attribué encore à d'autres causes dont ont a également fait état, à un « instinct territorial » mal adapté etc.

Il reste que cette propension existe et que son expression sociale dans la guerre constitue un moyen biologique de contrôler ses relations avec le milieu naturel qui est particulier à l'homme.

La guerre a servi a assurer la survie de l'espèce humaine. Mais en tant que moyen d'évolution pour l'amélioration de cette espèce, la guerre est a peu près totalement inefficace et cela d'une manière incroyable. A de rares exceptions près les processus de sélections des autres créatures vivantes favorisent à la fois la survie de l'espèce et l'amélioration génétique. Dans un cas comme dans l'autre les forts survivent et les faibles disparaissent. Dans les sociétés humaines, ceux qui se battent et qui meurent dans les guerres nécessaires à la survie de l'espèce sont en général les plus forts de ses membres sur le plan biologique. Il s'agit donc là d'une sélection naturelle à l'envers.

CULTURE ET SCIENCES

La relation qui existe entre la guerre, la recherche et la découverte scientifiques est plus explicite. La guerre est la principale force qui soit à l'origine du développement de la science, à tous les niveaux, depuis la conception abstraite jusqu'à l'application technique. La société moderne accorde une grande valeur à la science « pure » mais il est historiquement indiscutable que toutes les découvertes d'importance majeure qui ont été faites dans les sciences naturelles ont été inspirées par les nécessités, réelles où imaginaires de leur époque. Les conséquences de ces découvertes se sont étendues beaucoup plus loin, mais la guerre a toujours fourni le stimulant qui a été à leur origine.

En partant de l'industrie du fer et de l'acier en passant par les découvertes des lois du mouvement et de la thermodynamique, pour parvenir à l'âge de la particule atomique, des polymères synthétiques et de la capsule spatiale, il n'est pas de progrès scientifique important qui n'est été, à tout le moins, indirectement provoqué par les nécessités implicites de l'armement. Des exemples plus prosaïques peuvent être trouvés dans la radio à transistor (résultat des nécessités militaires en matière de communication), la chaine d'assemblage (qui provient des besoins en armes à feu au moment de la guerre civile) des immeubles à châssis d'acier (nés des navires cuirassés) les écluses etc. Une de ces adaptation typiques peut être trouvée dans un instrument aussi modeste que la tondeuse à gazon :elle provient de la faux tournante inventée par Léonard de Vinci, destinée, placée à l'avant d'un véhicule à chevaux à pénétrer dans les rangs ennemis.

Le rapport le plus direct se trouve dans la technologie médicale. Par exemple une « machine à marcher » géante, destinée à amplifier les mouvements du corps, qui avait été inventée pour servir à des fins militaires dans les terrains difficiles, rend maintenant ces mouvements possibles pour maintenant ces mouvements possibles pour de nombreux infirmes autrefois confinés dans leur fauteuil. A elle seule, la guerre du Vietnam a conduit a des progrès spectaculaires dans la technique des amputations, des transfusions sanguines et de l'évacuation des blessés. Elle a provoqué des recherches étendues sur la malaria et sur d'autres maladies parasitaires tropicales ; il est difficile de mesurer le temps qu'auraient pris, dans d'autres conditions, ces travaux, en dépit de l'énorme importance non militaire qu'ils revêtent à l'égard de près de la moitié de la population du globe.

DIVERS

Nous avons décidé de passer sous silence, dans nos discussions, les fonctions non militaires de la guerre que nous ne considérons pas d'une importance capitale pour l'établissement d'un programme de transition vers la paix. Cela ne veut pas dire que ces fonctions ne soient pas importantes, mais seulement qu'elles ne paraissent pas présenter de difficultés particulières pour l'organisation d'un système social orienté vers la paix. Elles comprennent les fonctions suivantes :

  • La guerre en tant que facteur de libération sociale. Il s'agit là d'une fonction psychologique ayant le même objet, pour une société, que les jours de fêtes, les célébrations et, pour l'individu, l'orgie : la libération et la répartition nouvelle de tensions indifférenciées. La guerre procure les réajustements nécessaires aux critères du comportement social (le « climat moral ») et sert également à dissiper l'ennui que tous ressentent, et qui est un des phénomènes sociaux le plus constamment sous-estimé et méconnu.
  • La guerre, en tant que stabilisateur des conflits entre générations. Cette fonction psychologique, remplie sous d'autres formes chez d'autres espèces animales, rend les générations plus âgées, et par conséquent physiquement diminuées, aptes à maintenir leur contrôle sur les générations plus jeunes, en les détruisant au besoin.
  • La guerre, en tant que clarificateur des idéologies. Le dualisme, qui caractérise la dialectique traditionnelle de toutes les branches de la philosophie aussi bien que des relations politiques stables, découle de la guerre, prise comme prototype du conflit. A l'exception de quelques problèmes secondaires, il ne peut y avoir, pour prendre un exemple aussi simple que possible, plus de deux réponses à une question parce qu'il ne peut y avoir plus de deux partis dans une bataille.
  • La guerre en tant que fondement de la compréhension internationale. Avant que se soient crées les moyens de communication modernes, les nécessités stratégiques de la guerre ont fourni les seuls véritables stimulants qui ont permis l'enrichissement d'une culture par les réalisations d'une autre. Bien que se soit encore le cas de nombreuses relations internationales, cette fonction est en train de tomber en désuétude.

Nous avons également passé sous silence des caractéristiques de grande importance de ces fonctions dont nous présumons qu'elles sont largement et explicitement reconnues. Un exemple évident d'une de ces fonctions est le rôle de la guerre en tant que moyen de se rendre maître de la qualité et du degré de chômage. Il s'agit là de quelque chose de plus qu'une fonction dérivée, de caractère économique et politique ; ses aspect sociologique, culturel et écologique sont importants, bien qu'agissant le plus souvent à longue échéance. Mais aucune de ces fonctions ne concerne le problème de la substitution de la paix à la guerre. La même chose est vraie d'autres fonctions ; celles dont nous avons parlé ici suffisantes pour délimiter l'étendue du problème.

SOMMAIRE ET CONCLUSIONS

NATURE DE LA GUERRE

La guerre n'est pas, ainsi qu'on le pense généralement, en premier lieu un instrument politique utilisé par les nations en vue de d'étendre ou de défendre leurs valeurs politiques ouvertement exprimées ou leurs intérêts ou leurs intérêts économiques. Au contraire, elle est la base même de l'organisation sur laquelle toutes les sociétés modernes sont construites. La cause immédiate commune à toutes les guerres est l'opposition apparente d'une nation aux aspirations d'une autre nation. Mais à la racine de toutes les oppositions apparentes entre les intérêts nationaux se trouvent les exigences dynamiques du système fondé sur la guerre lui-même, qui oblige à recourir périodiquement à des conflits armés. Le fait d'être toujours prêt a faire la guerre caractérise les systèmes sociaux contemporains d'une manière plus exacte que leurs structures économiques et politiques, qui ne sont que des conséquences de ce caractère.

LES FONCTIONS DE LA GUERRE

  1. Economie. La guerre a fourni aussi bien aux sociétés anciennes qu'aux sociétés modernes un moyen sûr de réaliser ma stabilité et le contrôle des économies nationales. Aucune autres méthode de contrôle n'a encore été essayée qui, pour une économie moderne et complexe, se soir montrée de loin, aussi efficace et de façon aussi large.
  2. Politique. La possibilité permanente de recourir à la guerre est le fondement de la stabilité des gouvernements ; elle fournit les bases de l'acceptation par tous de l'autorité politique. Elle a permis aux société de maintenir les distinctions nécessaires entre les classes et a assuré la subordination des citoyens à l'Etat, grâce aux pouvoirs militaires résiduels inhérent au concept de nation. Aucun groupe actuellement au pouvoir n'a réussi à garder en main le contrôle de ses mandants après s'être montré incapable de maintenir vivante la crédibilité d'une menace de guerre extérieur.
  3. Sociologie. La guerre, par l'intermédiaire des institutions militaires, a rendu aux sociétés tout au long de leur histoire connue, des services exceptionnels en tant qu'élément indispensable de contrôle de tout désaccord social dangereux et toutes tendances antisociales et destructrices. En tant que menace la plus formidable qui puisse exister contre la vie elle-même, et en même temps la seule qu'une organisation sociale soit susceptible d'écarter, la guerre a joué un autre rôle non moins fondamental : le système fondé sur la guerre a fourni les mécanismes nécessaires pour transformer les impulsions motivantes du comportement humain en une allégeance sociale obligatoire. Elle a de cette manière assuré aux nations le degré de cohésion nécessaire à leur existence. Aucune autre institution ou ensemble d'institutions, n'a jamais rempli ces fonctions avec succès dans les sociétés modernes.
  4. Ecologie. La guerre a été le principal facteur d'évolution qui a permis de maintenir un équilibre écologique satisfaisant entre d'immenses populations humaines et les ressources qui se trouvaient à leur disposition pour assurer leur existence. Ceci est le fait exclusif de l'espèce humaine.
  5. Culture et sciences. La tendance à la guerre a déterminé les critères fondamentaux de valeur dans les arts de création et a fourni leur principale source aux mobiles qui ont conduit au progrès scientifique et technique. La conception selon laquelle les arts expriment des valeurs indépendantes de leurs propres formes et que la poursuite du savoir, couronnée de succès ; a une valeur sociale intrinsèque a été longtemps admise dans les sociétés modernes ; le développement des arts et des sciences au cours de cette période a été parallèle au développement de l'armement.

Un autre substitut économique qui a été également proposé serait une série de « recherches spatiales » d'importance gigantesque. Ces recherches ont déjà fait la preuve de leur utilité à une échelle plus modeste au sein de l'économie militaire. Ce dont il est question ici bien que cela n'est jamais été expressément avancé, c'est de la mise en train d'une série de projets à longue échéance, projet de recherche spatiale auxquels seraient fixés des objectifs en grande partie inatteignables. Ce genre de projet offre divers avantage qui manquent à ceux qui portent sur le bien-être social.

Premièrement il est improbable qu'ils soient abandonnés en raison de leur monotonie, quelles que soient les « surprises » prévisibles que la science garde en réserve pour nous : l'univers est trop grand. Dans le cas où un projet particulier se voyait couronné de succès, il ne manquerait d'autres problèmes qu'on pourrait lui substituer ; Si, par exemple, la colonisation de la lune se passait suivant les plans prévus il deviendrait alors « nécessaire » d'établir un tète de pont sur Mars ou sur Jupiter et ainsi de suite. Deuxièmement, ce genre de projet n'a pas plus besoin de dépendre de l'économie générale de l'offre et de la demande que son prototype militaire.

Troisièmement, il se prête extrêmement bien à un contrôle discrétionnaire. La recherche spatiale peut être considérée comme ce qu'on a découvert, à notre époque, qui se rapproche le plus de la construction des pyramides ainsi que d'autres entreprises de caractère rituel dans les sociétés antiques. Il est exact que la valeur scientifique de la recherche spatiale même s'il s'agit de se qui a déjà été accompli, est considérable en soi. Mais dans les programmes actuels il existe une disproportion évidente et absurde entre les connaissances recherchées et les dépenses engagées. A l'exception d'une fraction restreinte tout le budget des recherches spatiales si on l'estime en vertu de critères appliqués à des objectifs scientifiques comparables doit être imputés de facto à l'économie militaire. Les recherches spatiales futures, prévues en tant que substitut à la guerre réduiraient les justifications « scientifiques » de leur budget à un pourcentage absolument minuscule. En tant que substitut purement économique à la guerre l'extension de la recherche spatiale mérite donc d'être sérieusement prise en considération.

Si l'on ne tient pas compte de ses substitut partiels à la guerre, il doit être gardé présent à l'esprit que l'impulsion qu'ont donnée aux progrès scientifiques les grandes guerres du siècle dernier et , plus encore, les prévisions effectuées en vue de la Troisième Guerre mondiale ont été considérables intellectuellement et matériellement. Nous pensons que le système fondé sur la guerre devait disparaître demain, cette impulsion a été si forte que l'on peut raisonnablement s'attendre à voir les progrès de la connaissance scientifique se poursuivre sans diminuer de façon notable pendant au moins deux décennies. Ils continueraient ensuite à une allure progressivement décroissante pendant encore environ deux décennies avant que le « compte en banque « des problèmes aujourd'hui irrésolus ait été épuisés. Selon les critères des questions que nous avons apprises aujourd'hui à poser, il ne resterait alors d'inconnu qui mérite d'être connu ; par définition, nous sommes incapables de concevoir les questions scientifiques qui pourraient se poser une fois que celles que nous sommes capables de comprendre aujourd'hui auront trouvé leur réponse.

Ceci nous conduit, de façon inévitable à un autre sujet : la valeur intrinsèque de la recherche illimitée des connaissances. Il est évident que nous ne posons pas ici un jugement de valeur qui nous soit personnel, mais il convient à ce propos de souligner qu'il existe une minorité importante parmi les hommes de science qui pensent que la recherche doit connaître en tous cas certaines limites. Cette opinion, est, en elle-même, un facteur qui joue dans la recherche d'un substitut à la fonction scientifique de la guerre. Pour mémoire, il nous faut également prendre en considération qu'il existe des précédents, et que des sociétés stables ont pu survivre et s'épanouir pendant de longues périodes dans l'histoire de l'humanité , qui se sont parfois étendues sur des milliers d'années au cours desquels aucune valeur sociale intrinsèque n'était accordée au progrès scientifique. Bien que cela n'eut pas été possible dans le monde industriel moderne, nous ne pouvons pas être certains que cela ne peut pas redevenir vrai dans un monde futur qui se consacrerait à la paix.

Source : La paix indésirable ? Rapport sur l'utilité des guerres (Extraits) Editeur Calmann-Levy 1968-1984 N° édition 11028 Dépôt légal Février 1984